27.12.2010

La France est-elle finie ?

 

Le nouveau livre de Jean Pierre Chevènement sera disponible à partir du 5 Janvier 2011 chez Fayard.

Nous vous en proposons dès maintenant un avant-goût.

La France est-elle finie ?

Présentation du livre

La France va-t-elle se résigner à sortir définitivement de l’Histoire pour devenir un simple parc d’attractions, à l’extrémité occidentale d’une Europe elle-même marginalisée? Ou bien trouvera-t-elle la force de redevenir la nation de citoyens dont elle a fourni le modèle, pour offrir un avenir à sa jeunesse et continuer son histoire ?

Dans ce livre décapant, Jean-Pierre Chevènement éclaire le chemin par lequel nous en sommes arrivés là. Au moment où la monnaie unique, créée il y a vingt ans à Maastricht, prend l’eau, il montre comment le «pari pascalien» de François Mitterrand sur un au- delà des nations appelé «Europe» n’a pas seulement recouvert le ralliement de la gauche française au néo- libéralisme, mais s’enracine dans un doute plus ancien de nos élites sur la France.

Méditation sur le destin de notre pays entre de Gaulle et Mitterrand, il rend enfin lisible, dans toute sa cohérence, l’histoire de notre dernier siècle. Il fournit ainsi les clés qui peuvent permettre un retour de la France du XXIe siècle au premier rang des nations.

Jean-Pierre Chevènement est l’un des artisans décisifs du Congrès d’Épinay (1971) qui a refondé le Parti socialiste, il est l’auteur des programmes de ce parti en 1972 et 1979 et l’un des négociateurs du Programme commun de la gauche (1972). Plusieurs fois ministre de 1981 à 2000 (Recherche, Industrie, Éducation nationale, Défense, Intérieur), il défend depuis longtemps l’idée d’une « autre politique ». Président d’honneur du MRC, sénateur du Territoire de Belfort, il est aussi vice-président de la Commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées du Sénat.


Plan détaillé

Introduction

I – 1971-1983 : La gauche perd la bataille qu’elle n’a pas livrée
Épinay, contradiction motrice
Passer à travers les gouttes
Une victoire à contre-courant
Une « alliance en fer » pour démontrer l’inanité d’une « autre politique »

II – 1983-1989 : Bruxelles-Paris : le chemin le plus court pour la normalisation libérale
Trois cents directives pour déréglementer
L’Europe et la vie des saints

III – 1989-1995 : Le pari pascalien de François Mitterrand
L’Europe est aux nations ce que l’infini est au fini
La question allemande
Enlever à l’Allemagne son mark
« La France ne peut pas s’isoler »
La chute du mur et le forcing de Helmut Kohl
Le marché Mitterrand-Kohl
« Ou vous changez d’attitude, ou vous abandonnez la politique ! »

IV – 1916-1992 : Aux racines du « pari pascalien » de François Mitterrand
Archéologie de la « vision » mitterrandienne
Mesure de la France
Le tragique isolement de notre pays dans les années trente
L’énigme de la dissolution en cinq semaines de l’armée française
« Vaincre notre histoire » ou « passer le témoin » ?

V – 1990-2008 : Le triomphe de l’inégalité
De la mondialisation heureuse à l’ubris
Un monde darwinien
Moutons
Retour à Marx… et à la Belle Époque

VI – 1990-2010 : Le retour de l’Allemagne
L’Allemagne impose benoîtement ses choix : les contours de l’Europe
L’ordre économique et monétaire
L’ordre institutionnel
Une stratégie mercantiliste
Une nation « redevenue normale »
Le déclin du courant fédéraliste et l’adoption du modèle républicain civique

VII – 2008 et sq. : La crise du néolibéralisme
Responsabilités de la finance américaine
La fable d’une « crise morale »
La crise du capitalisme anglo-saxon
L’épuisement d’un modèle

VIII – 2010 et sq. : La crise de la monnaie unique
Une zone monétaire loin d’être optimale
Le vice de conception initial de l’euro
La crise grecque, répétition générale des crises à venir
L’euro sous tutelle américaine
Il y a quelque chose de pourri au royaume de l’euro
Changer les règles du jeu de l’euro
À défaut, un plan B

IX – 1983-2010 : La gauche piégée
Une confusion délibérément entretenue
Pour quelques miettes de croissance de plus
On ne modifie que très difficilement le génome d’un grand parti
Le piège néolibéral
Le piège européiste
Eût-il été possible, pour ne pas en arriver là, de faire autrement ?
Le temps des petites ambitions et des seconds couteaux

X – 1940-2040 : Finis Franciae ?
La déconstruction de la France
L’histoire de la France, un immense échec ?
La France exécutrice testamentaire des idées de la Révolution
La nécessaire estime de soi

XI – 2010-2040 : France-Allemagne : sortir de l’Histoire ou la continuer ensemble ?
L’Histoire, une option écartée ?
Le ralliement à la « culture des vainqueurs » n’ouvre pas la voie à une « Europe européenne »
Une comparaison déséquilibrée des deux « après-guerres »
Napoléon facile bouc émissaire de la « catastrophe »
L’impasse faite par l’Allemagne sur sa défense
La clé de l’« Europe européenne »
Vers une recomposition de la gauche allemande ?
Ensemble continuer l’Histoire

XII – La gauche, la droite et la République du XXIe siècle
Le clivage droite/gauche, un legs de la Révolution française
Ce qui reste du socialisme : une méthode
Les « trous noirs » de la pensée socialiste
Le mythe de la refondation à zéro : tradition et révolution
Au-dessus de la droite, et de la gauche telles qu’elles sont devenues, la République Faire fond sur la France pour redresser l’Europe
L’impasse du fédéralisme : quand les socialistes font voler les coquecigrues
La gauche doit se mettre à la hauteur du défi
Critiquer Nicolas Sarkozy non sur sa personne, mais sur son projet
Se réapproprier les valeurs de transmission
La gauche doit rencontrer la République… et la France

XIII – Le grand pari sur la France au XXIe siècle : faire vivre le modèle républicain
D’abord se comprendre soi-même
Promouvoir et faire vivre le modèle républicain dans le monde
Retrouver le sens de la durée
Rompre avec la dictature de l’instant
Dépasser l’horizon des marchés
Changer les règles du jeu
Deux projets républicains : la politique industrielle
Autre priorité majeure
L’Éducation et la Recherche
La machine éducative enrayée : le « quartile réfractaire »
L’« effet maître »
Prendre une vue « systémique » des choses
À l’articulation du lycée et de l’enseignement supérieur
Résorber les fractures de notre système d’enseignement supérieur et de recherche
L’idéal de l’homme libre
L’École au cœur du modèle républicain civique

XIV – Le grand pari sur la France au XXIe siècle : organiser la « résilience » de l’Europe
Réapprendre à penser en trois dimensions
Deux changements majeurs
La « République européenne des peuples » : un nouveau mode d’emploi des institutions européennes
Intérêt général européen et projet(s) partagé(s)
La Russie
La Méditerranée et l’Afrique
Nouer une relation politique avec les pays émergents
Une France libre, condition d’une Europe résiliente
Y a-t-il une alternative au couple franco-allemand ?

Conclusion

 

Les Etats ont capitulé face aux marchés

Dans cette interview par Libération de Sharran Burrow, la secrétaire générale de la plus grande organisation syndicale internationale (la CSI) pointe du doigt la capitulation des Etats face aux marchés mais également la politique d'austérité imposée à de nombreux Etats par le FMI qui ne conduit qu'à ajouter de la crise à la crise.

 

«Les Etats ont capitulé face aux marchés»

Interview

Entretien avec Sharan Burrow, dirigeante de la Confédération syndicale internationale.

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Sharan Burrow est secrétaire générale de la Confédération syndicale internationale. Présente à Cancún à la conférence sur le climat, elle bataille pour de vrais plans de relance verte. Elle revient, pour Libération, sur les conséquences de la crise sur le monde du travail et fustige la «capitulation» des gouvernements «face aux marchés».

Il y a deux ans, on vantait l’économie verte telle une clé anticrise. C’est devenu un mirage…

Ces attentes n’ont pas disparu pour les syndicats. Investir dans l’économie verte est un levier de croissance indispensable. Mais on vit le manque de volonté des gouvernements comme une frustration incroyable. La crise a coûté 220 millions d’emplois dans le monde. Et 45 millions de jeunes vont intégrer le marché du travail chaque année dans les dix ans. C’est un problème politique, un enjeu économique, et aussi un désastre social. La solution passe par des vrais plans de relance, axés sur l’économie du futur, une vraie politique de l’emploi. Pas des coupes budgétaires radicales…

Les plans de rigueur se généralisent, mais les protestations restent très faibles dans le monde…

La colère et l’exaspération gonflent. Et on va en avoir la démonstration en 2011. Les gouvernements sont tétanisés par les marchés. Ils font trop peu, trop tard… L’activisme pousse, les mouvements étudiants au Royaume-Uni ou en Italie en attestent. Et les syndicats connaissent un regain d’adhésion réel.

Les appels à reformer le capitalisme sont-ils restés lettre morte ?

Et comment ! Les marchés demandent de réduire les déficits ? Les gouvernements s’y plient. Ils veulent des mesures d’austérité sur fond d’impunité totale des financiers qui ont déclenché la crise ? Les Etats en rajoutent. C’est un cercle vicieux. Sans marge de manœuvre, ils aggravent la crise et en obèrent la sortie. Tailler dans le secteur public, c’est pousser, comme en Grande-Bretagne, 500 000 personnes au chômage. Une blague ! C’est moins de consommation, moins de demande, moins de croissance. Donc, avec du décalage, plus d’austérité à la clé. On s’oriente vers un scénario de double dip[récession suivie d’une autre encore plus marquée après une reprise timide, ndlr].

On reviendrait donc aux mêmes remèdes classiques ?

C’est le retour de la vieille orthodoxie sous la houlette du Fonds monétaire international. Dominique Strauss-Kahn, son patron, peut dire des choses pleines de bon sens sur le partenariat social quand il discourt à l’Organisation internationale du travail, mais le FMI copilote des plans de rigueur, en Roumanie, en Grèce ou en Irlande, où il taille à la serpe les acquis sociaux.

Un paradoxe, vraiment ?

Non, c’est schizophrénique. DSK a beau avoir une vue claire et promouvoir un nouveau modèle, axé sur une nouvelle gouvernance, il accepte les potions infligées aux pays en pleine restructuration… L’OCDE ? Pareil. Elle peut fournir dans ses rapports un vrai travail sur les nouvelles taxations, les paradis fiscaux, les emplois verts et, de l’autre, faire l’apologie de la réforme du marché du travail, les coûts salariaux minimums, la nécessité d’assouplir les protections sociales… On est revenu à l’époque du consensus de Washington [pilier de la théorie libérale axé sur la privatisation, la rigueur budgétaire, etc.]. L’antithèse d’un développement économique et social durable !

Les Etats sont-ils impuissants ?

Les marchés financiers et les banques ont repris le gouvernail de l’économie. Ils dictent les politiques aux Etats, qui ont capitulé. Les spéculateurs ont cédé des miettes sur la régulation et les soi-disant contrôles des rémunérations. Mais à l’arrivée, les bonus battent des records. En dépit des belles paroles sur la réforme, de Sarkozy ou de Merkel, la régulation est si timorée qu’elle ne produit aucun effet, à part, peut-être, aux Etats-Unis. Le Conseil de stabilité financière, chargé de la surveillance des institutions financières ? Un conseil d’opacité, plutôt. Le contrôle sur la spéculation sur les matières premières ? On est plutôt sur le point de voir éclater une nouvelle bulle sur les prix alimentaires…

Que préconisez-vous donc ?

Les syndicats ne sont pas contre des ajustements fiscaux ou budgétaires. Mais il faut des contreparties sur l’emploi et les salaires, et des projets d’avenir. Or, on ne voit rien venir. Sauf la rigueur qui touche les plus faibles. A l’image des réformes des retraites. En Russie, elle vient de passer à 65 ans, quand l’espérance de vie est de 57 ans pour les hommes… Ayons un vrai dialogue social, pas comme ce qui s’est passé en France. Sinon, on court vers la faillite économique et sociale.

27.08.2010

Le "Tigre Celtique" est mort

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L'Irlande a sans doute été le modèle économique qui a le plus inspiré les libéraux au début des années 2000. Les sénateurs UMP n'hésitant pas à parler de "miracle Irlandais" dans le rapport d'information Cornu tandis qu'un économiste représentant les professions libérales évoquait carrément "un tigre celtique sur-performant par le jeu de la business économie et d'une faible imposition". Partant de ce constat, la solution de transposer le modèle Irlandais en France pour régler tous nos problèmes était alors toute trouvée. "Si un parti libéral avait été créé il y a 20 ans en France, un vrai parti libéral, proposant des mesures vraiment libérales, en collaboration avec des économistes universitaires libéraux, des vrais, des business économistes, alors, le niveau de vie des Français serait supérieur à celui des Irlandais, le plus élevé d'Europe, avec un taux de chomage < 5 % et une dette publique < 30 % du PIB. Le manque de culture économique et financière des Français nous sera fatal", dixit un "business économiste" se qualifiant comme tel...

 

Aujourd'hui, nous venons d'apprendre que "le tigre celtique sur-performent" avait vu sa note de solvabilité se dégrader une nouvelle fois par l'agence Standard & Poors, s'établissant désormais à "AA-". Elle est en outre assortie d'une "perspective négative", ce qui indique que l'agence de notation pourrait être prochainement amenée à revoir cette note encore à la baisse. A titre de comparaison, la France a maintenu son "Triple A" qui représente la meilleure note de solvabilité tandis que l'Irlande obtient désormais une note identique à celle des pays développés les plus endettés au monde (tels que le Japon). "Au vu de l'annonce récente de nouvelles injections dans le capital d'Anglo Irish Bank, nos dernières projections montrent que la dette publique de l'Irlande va augmenter à 113% du produit intérieur brut en 2012", a précisé S&P.

 

Au delà de la dette publique, c'est toute l'économie Irlandaise qui est en perdition depuis la crise, son Produit Intérieur Brut a diminué de 15% sur ces 3 dernières années, ce qui représente la récession la plus forte d'Europe de l'Ouest et le chômage atteindra, aussi, les 15% en 2010. Le Tigre Celtique est bien mort et avec lui, l'illusion d'un modèle économique libéral florissant.